Le procès en appel de Marine Le Pen s’est ouvert le 13 janvier 2026 devant la cour d’appel de Paris. La présidente du Rassemblement national est jugée pour détournement de fonds publics dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires européens de l’ancien Front national. Onze anciens cadres du parti, ainsi que le RN en tant que personne morale, comparaissent également. La procédure doit s’étendre sur cinq semaines, jusqu’au 12 février 2026.
Contexte et origine de l’affaire
Marine Le Pen est poursuivie pour avoir utilisé des fonds du Parlement européen, pour un montant estimé à environ quatre millions d’euros, afin de rémunérer des assistants parlementaires dont l’activité aurait en réalité bénéficié au parti, et non aux eurodéputés. Chaque élu disposait alors d’une enveloppe mensuelle d’environ 21 000 euros destinée à ces contrats.
L’accusation reproche une utilisation frauduleuse de ces moyens, à travers des contrats considérés comme fictifs ou détournés de leur objet. Lors de sa première prise de parole à l’audience, Marine Le Pen a déclaré n’avoir « aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit » et a estimé que, si une faute avait été commise, le Parlement européen n’aurait pas exercé son rôle d’alerte.
En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, assortis de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Elle avait alors quitté le tribunal pour dénoncer le traitement judiciaire. Le soir même, invitée au journal de 20 heures de TF1, elle avait qualifié la décision de « politique » et appelé à ce que la justice se prononce rapidement en appel afin de lui permettre, selon ses termes, d’être candidate à l’élection présidentielle de 2027.
Un début d’audience centré sur la procédure
Les premières audiences du procès en appel se sont principalement concentrées sur des questions procédurales. Le 14 janvier, la défense a obtenu un premier point d’appui concernant le périmètre de la saisine. La cour doit décider du maintien ou du retrait de plusieurs contrats d’assistants parlementaires, dont certains auraient été « surestimés » par le parquet.
Au cœur de ces débats se trouve une bataille de chiffres déterminante : l’évaluation du montant exact de l’infraction reprochée au RN et aux élus poursuivis. Cette estimation conditionne à la fois le montant des dommages et intérêts réclamés par le Parlement européen et les amendes encourues.
Lors du premier procès, le RN et les prévenus avaient été condamnés à verser un peu plus de 3,5 millions d’euros de dommages et intérêts, après déduction des sommes déjà remboursées. Ce montant pourrait être revu à la baisse en appel. Un retrait potentiel portant sur environ 1,4 million d’euros réduirait la portée financière des accusations, sans pour autant clore le débat sur la réalité du travail effectué par les assistants parlementaires.
Enjeux politiques et judiciaires
Initialement, le parquet avait requis cinq ans de prison, dont trois avec sursis, une amende de 300 000 euros et cinq ans d’inéligibilité. La défense dénonce une « monstruosité juridique » et espère obtenir une réduction de la peine permettant à Marine Le Pen de rester éligible pour l’élection présidentielle de 2027, notamment en ramenant l’inéligibilité sous le seuil de deux ans et en excluant toute peine ferme.
À ce stade de la procédure, les débats portent essentiellement sur des aspects techniques susceptibles d’atténuer la responsabilité pénale de la prévenue. La décision finale de la cour d’appel n’est pas attendue avant l’été 2026.
