La semaine qui s’ouvre s’annonce cruciale pour le gouvernement, alors que plusieurs actions agricoles sont prévues dès ce lundi dans différentes régions. L’exécutif cherche à éviter une reprise des blocages observés ces dernières semaines, dans un contexte de tensions persistantes liées aux revenus agricoles, à la gestion sanitaire du cheptel et aux accords commerciaux internationaux.
Des blocages sont notamment annoncés sur l’autoroute A7 en Isère, au sud de Lyon, ainsi que sur des axes majeurs autour de Caen. Les organisations agricoles entendent dénoncer à la fois la gestion de l’épizootie de dermatose nodulaire et le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, dont la signature est prévue le 12 janvier.
Les syndicats agricoles reçus à Matignon
Face à cette mobilisation, le gouvernement a engagé une série de rencontres à Matignon avec les représentants syndicaux. Les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale doivent être reçus ce lundi, avant la FNSEA et la Confédération paysanne mardi. L’objectif affiché est de désamorcer la colère avant une éventuelle montée en puissance des actions, alors que la mobilisation ne s’est jamais totalement interrompue.
Samedi, 120 agriculteurs ont défilé à Toulouse. Des blocages ponctuels ont également été observés vendredi à Fontenay-le-Comte (Vendée), Monestier-de-Clermont (Isère) et Tulle (Corrèze). Sur le plan sanitaire, un nouveau cas de dermatose nodulaire a été confirmé en Ariège la semaine dernière, le deuxième en quelques jours. Au total, 25 bovins doivent être abattus ce lundi, selon les autorités.
Mesures annoncées par le gouvernement
Vendredi, l’exécutif a promis la présentation de « nombreuses mesures » en faveur du monde agricole, dont certaines avant même l’ouverture des discussions. Dans une lettre ouverte publiée dimanche par la presse quotidienne régionale, le gouvernement reconnaît un sentiment « d’injustice profonde » exprimé par de nombreux agriculteurs et affirme que « le bon sens doit redevenir la règle ».
Sur la dermatose nodulaire, il est indiqué que l’État entend « donner tous les moyens nécessaires » pour permettre aux autorités scientifiques d’adapter le protocole sanitaire post-vaccination et de garantir l’exportation du bétail vacciné. Le gouvernement assure également que le budget de la politique agricole commune ne sera pas revu à la baisse.
Concernant la gestion de l’eau, des instructions ont été données aux préfets afin de recenser les projets agricoles locaux « à taille humaine » actuellement bloqués ou ralentis. Le fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles, qui accompagne déjà une centaine de projets, doit voir sa dotation multipliée par trois.
Suspension ciblée des importations
Dimanche, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé la suspension de l’importation de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe. Sont concernés notamment le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate-méthyl et le carbendazime. Des contrôles renforcés seront mis en place.
Selon le ministère, cette mesure pourrait viser certains fruits importés, notamment des avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes provenant d’Amérique du Sud ou d’autres régions. Annie Genevard affirme que cette décision vise à « protéger les agriculteurs français, garantir la sécurité sanitaire et lutter contre la concurrence déloyale », appelant la Commission européenne à généraliser ce type de dispositif.
Appel à la désescalade
Dans une interview accordée à La Tribune Dimanche, la ministre de l’Agriculture a appelé à la « désescalade de la violence » et à la fin des blocages, estimant que cette responsabilité incombe aux organisations syndicales. Les échanges prévus à Matignon cette semaine doivent permettre de clarifier les positions et d’évaluer la capacité du gouvernement à répondre à une crise agricole toujours vive.
