La cour d’appel de Tizi Ouzou a confirmé la peine de sept ans de prison du journaliste français Christophe Gleizes pour « apologie du terrorisme ». Emmanuel Macron dit sa « profonde inquiétude » et promet de continuer à agir pour sa libération.
La cour d’appel de Tizi Ouzou, en Kabylie, a confirmé mercredi la condamnation à sept ans de prison du journaliste sportif français Christophe Gleizes, poursuivi pour « apologie du terrorisme ». Cette décision intervient après un premier jugement déjà très lourd, que le parquet algérien souhaitait encore alourdir en requérant dix ans de prison ferme. Âgé de 36 ans, collaborateur de So Foot et Society, le journaliste est détenu en Algérie depuis le printemps 2024, dans un dossier qui mêle football, sécurité intérieure et tensions diplomatiques entre Paris et Alger.
Dans un communiqué diffusé jeudi, l’Élysée a fait savoir qu’Emmanuel Macron avait appris « avec une profonde inquiétude » la confirmation en appel de cette peine. Le chef de l’État adresse « ses pensées » au journaliste et à sa famille et promet que la France « continuera d’agir auprès des autorités algériennes pour obtenir sa libération et son retour en France dans les plus brefs délais ». Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a lui aussi pris publiquement position, qualifiant la libération de Christophe Gleizes « d’élément majeur » des discussions engagées entre Paris et Alger, relancées après la grâce présidentielle accordée mi-novembre à l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
Arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou, où il s’était rendu pour un reportage sur la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), le club le plus titré d’Algérie, Christophe Gleizes était officiellement entré sur le territoire avec un visa touristique. La justice algérienne lui reproche notamment d’avoir été en contact avec un dirigeant de la JSK également présenté comme l’un des responsables du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par Alger depuis 2021. Selon Reporters sans frontières, qui suit le dossier de près, une partie de ces échanges remontent à plusieurs années, avant cette qualification, et le dernier contact en 2024 s’inscrivait dans la préparation de son reportage.
Pour l’ONG, la décision rendue en appel est une « décision aberrante ». RSF dénonce un procès politique et rappelle que le journaliste n’a pas caché ses échanges ni son projet de livre sur le football kabyle. Le frère de Christophe Gleizes, Maxime, s’est dit « abasourdi » par le verdict, parlant d’un « espoir retombé » et d’une situation « ahurissante ». So Press, le groupe de presse pour lequel il travaille, réaffirme de son côté qu’il n’a fait « que son travail de reporter ».
Sur le terrain judiciaire, le temps est compté. L’avocat français de Christophe Gleizes, maître Emmanuel Daoud, explique réfléchir avec son client à un pourvoi en cassation devant la Cour suprême algérienne. Le journaliste dispose de huit jours pour décider s’il engage ce recours. L’avocat évoque « une parodie de justice », un jugement « fondé sur le vide » et parle de « déni de dignité » pour son client comme pour la justice algérienne. Il n’exclut pas non plus le dépôt d’une demande de grâce, dans un dossier où la dimension diplomatique est assumée de part et d’autre.
Maître Daoud insiste sur le caractère profondément politique de l’affaire. Selon lui, la situation dépasse largement le cadre d’un simple contentieux de visa ou de qualification pénale. Les parents de Christophe Gleizes appellent les autorités françaises – président de la République, gouvernement, diplomates – à « agir avec efficacité » après plus d’un an et demi de privation de liberté. L’avocat rappelle enfin que Christophe Gleizes est aujourd’hui le seul journaliste français détenu dans le monde et qu’il doit « rejoindre les siens au plus vite », en dehors d’un « processus judiciaire totalement galvaudé ». Entre recours judiciaires, éventuelle demande de grâce et pression diplomatique, les prochains jours seront décisifs pour la suite de son combat.
