Une mobilisation agricole d’ampleur est annoncee ce jeudi 18 decembre a Bruxelles, au moment ou la Commission europeenne tente d’obtenir un feu vert politique des Etats membres pour finaliser l’accord de libre-echange entre l’Union europeenne et le Mercosur. La FNSEA et Jeunes Agriculteurs (JA) disent vouloir peser sur le rapport de force europeen et n’excluent pas d’appeler a des blocages en France si le dossier avance sans garanties
Une mobilisation europeenne revendiquee comme « rare »
Selon le Copa-Cogeca, environ 10 000 agriculteurs sont attendus a Bruxelles ce 18 decembre. La FNSEA et les JA, membres de cette organisation europeenne, evoquent de leur cote une mobilisation massive, avec plusieurs milliers de participants francais et un cortège de tracteurs, a proximite des institutions de l’Union europeenne.
L’objectif assume est d’adresser un signal politique au Conseil de l’Union europeenne, alors que l’executif europeen souhaite avancer sur l’accord UE-Mercosur, negocie depuis des decennies, et considere comme strategique pour les exportations europeennes.
Mercosur, le coeur du bras de fer
Au centre des critiques, l’accord UE-Mercosur (Argentine, Bresil, Paraguay, Uruguay) et son volet agricole. La Commission a publie un document de reference indiquant notamment un contingent de 99 000 tonnes de viande bovine du Mercosur autorise a entrer sur le marche europeen avec un droit de douane reduit. Cette disposition est regulierement citee par les organisations agricoles comme un symbole de concurrence jugee defavorable aux filieres europeennes.
Pour les syndicats mobilises, la question n’est pas seulement tarifaire. Ils contestent aussi l’idee d’un accord qui mettrait en concurrence des productions soumises a des normes differentes, et demandent des « mesures miroir » et des controles renforces. Reuters rapporte que la France fait partie des Etats qui poussent pour des garde-fous et des inspections sanitaires plus strictes, et qu’elle demande un decalage du calendrier.
Le role cle de certains Etats membres, dont l’Italie
Sur le plan institutionnel, la Commission ne peut pas avancer sans soutien politique suffisant des Etats membres. Ces derniers jours, l’Italie et la France ont exprime publiquement leurs reserves, jugeant premature une signature en l’etat et demandant des protections supplementaires pour les agriculteurs. Reuters souligne que cette position complique la strategie de finalisation defendue par la presidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Dans le meme temps, des Etats favorables a l’accord, comme l’Allemagne selon plusieurs recits de presse internationale, plaident pour aller au bout. Le dossier se transforme donc en test politique, autant sur la doctrine commerciale de l’Union que sur sa capacite a integrer la contrainte agricole dans ses compromis.
Clause de sauvegarde : Bruxelles met en avant des « protections », les agriculteurs restent sceptiques
Pour repondre a une partie des critiques, des discussions portent sur des mecanismes de sauvegarde permettant de reagir en cas de destabilisation d’un marche. Reuters rapporte que des eurodeputes ont vote des dispositions visant a accelerer et durcir ces filets de securite, notamment sur les seuils et les delais d’enquete. Le Monde rappelle, de son cote, que ces clauses existent deja dans les accords commerciaux, mais qu’elles sont souvent difficiles a activer en pratique.
C’est exactement l’argument des organisations agricoles mobilisees : a leurs yeux, l’enjeu n’est pas d’ajouter un dispositif technique, mais d’eviter une ouverture qui serait, selon elles, irreconciliable avec les exigences imposees aux exploitations europeennes.
Deuxieme motif de colere : le budget de la PAC apres 2027
Au-dela du Mercosur, la mobilisation vise aussi la future Politique agricole commune. TV5Monde indique que les organisations agricoles s’inquietent d’une trajectoire budgetaire evoquant une baisse de plus de 20 % pour la PAC sur la periode 2028-2034, perspective qui ajoute de la tension dans un secteur deja fragilise par la hausse des charges et l’incertitude sur les revenus.
Pour les organisateurs, l’articulation est simple : ouvrir davantage le marche a des importations agricoles tout en comprimant l’enveloppe de soutien europeenne revient, selon eux, a exposer davantage les exploitations sans contrepartie solide.
La menace d’un mouvement en France « si rien ne bouge »
La FNSEA et les JA laissent planer une suite nationale. Dans une declaration rapportee par la presse professionnelle agricole, le secretaire general des JA, Quentin Le Guillous, evoque la possibilite de « blocages de longue duree » en France si l’accord avance, tout en soulignant que la journee de Bruxelles doit servir de test pour « etre entendus » par les institutions europeennes.
Ce cadrage explique la portee de la journee : il ne s’agit pas seulement d’une demonstration a Bruxelles, mais d’un point de bascule potentiel pour la mobilisation agricole en France, a quelques jours d’echeances europeennes presentees comme decisives par plusieurs acteurs.
