La publication de trois millions de documents par le ministère de la Justice américain, vendredi 30 janvier 2026, met en lumière les relations entre le financier Jeffrey Epstein et la famille de l’ancien ministre Jack Lang. Ces archives détaillent des dizaines d’échanges s’étalant sur plusieurs années, révélant une proximité amicale et des liens d’affaires entre l’homme d’affaires, mort en prison en 2019, l’ancien ministre de la Culture et sa fille, Caroline Lang.
Des échanges amicaux entre Jack Lang et le financier
Selon les documents consultés par Franceinfo, les correspondances entre Jack Lang et Jeffrey Epstein témoignent d’une relation suivie, principalement axée sur des invitations culturelles et des services mutuels. En décembre 2012, l’ancien ministre proposait notamment au financier de l’accompagner voir la comédie musicale West Side Story à Paris. Les mails révèlent un ton cordial, Jeffrey Epstein affirmant être disponible « tout le temps » pour l’ancien ministre.
En septembre 2017, Jack Lang a sollicité le prêt d’un véhicule auprès de l’homme d’affaires pour se rendre à une réception privée au domaine d’Aiglemont. À cette période, Jeffrey Epstein avait déjà été condamné, en 2008, à treize mois de prison pour recours à des prostituées mineures et figurait au fichier des délinquants sexuels aux États-Unis. Dans un communiqué transmis à l’AFP, Jack Lang indique assumer ces liens passés, précisant que Jeffrey Epstein fréquentait alors « le tout-Paris » et le séduisait par son « érudition ». Il affirme toutefois que rien ne laissait supposer les crimes reprochés au milliardaire.
Caroline Lang au centre des relations et des affaires
Les documents judiciaires américains soulignent également l’implication de Caroline Lang, fille de l’ancien ministre. Cette dernière a servi de relais entre Jeffrey Epstein et son père pour diverses sollicitations, notamment en 2018 concernant l’organisation du prix Pritzker en France. Les archives révèlent que Caroline Lang a séjourné avec ses enfants dans la propriété du financier à Palm Beach, en Floride, au cours du mois d’avril 2014.
Au-delà des relations personnelles, des liens financiers ont été mis au jour. D’après une enquête de Mediapart basée sur ces mêmes documents, Caroline Lang détenait la moitié des parts d’une société offshore aux îles Vierges britanniques, fondée par Jeffrey Epstein. Cette structure visait l’acquisition d’œuvres d’art. Caroline Lang a reconnu ne pas avoir déclaré cette société au fisc français, expliquant n’avoir pas mesuré les implications de ce montage financier. Elle figurait également sur un testament signé par le financier peu avant son décès, prévoyant un legs de cinq millions de dollars, somme dont elle affirme avoir ignoré l’existence.
Les conséquences institutionnelles et professionnelles
Le ministère de la Justice américain précise que la mention d’un nom dans ces dossiers ne constitue pas une preuve de culpabilité dans les activités criminelles de Jeffrey Epstein. De son côté, Jack Lang réaffirme que les discussions n’ont jamais porté sur les faits de mœurs reprochés au financier. La présidence de la République, sollicitée sur un éventuel rôle de l’ancien ministre dans l’organisation d’une réception à l’Élysée en lien avec les réseaux d’Epstein, n’a pas apporté de commentaire.
À la suite de ces révélations, Caroline Lang a annoncé sa démission de son poste de déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), fonction qu’elle occupait depuis trois semaines. Elle a déclaré avoir cru Jeffrey Epstein lorsque celui-ci lui avait assuré avoir « payé sa dette » après sa condamnation de 2008.
