Condamné à quatre ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire de la sextape, Gaël Perdriau laisse derrière lui une ville meurtrie et une famille détruite. Le tribunal correctionnel de Lyon a reconnu l’épouse et les quatre enfants de Gilles Artigues comme victimes collatérales du chantage. Une décision qui consacre l’ampleur du préjudice, mais ne peut effacer, comme le résument les enfants, « les dix ans perdus avec [leur] père ».
Dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Lyon, ce lundi 1er décembre, la condamnation de Gaël Perdriau a mis un terme à trois années de feuilleton judiciaire et politique. Mais pour la famille de Gilles Artigues, c’est un autre chapitre qui s’ouvre: celui de la reconstruction. Les juges ont officiellement reconnu comme victimes collatérales l’épouse de l’ancien premier adjoint et leurs quatre enfants. Toute la famille a quitté Saint-Étienne, incapable de rester dans une ville où l’humiliation paternelle s’est jouée sur fond de calculs politiques.
Le maire déchu a été condamné à quatre ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics, dans cette affaire de vidéo intime tournée à l’insu de Gilles Artigues à Paris puis utilisée pendant des années comme moyen de pression. D’après Le HuffPost et plusieurs médias locaux, le tribunal a suivi une ligne plus sévère que les réquisitions, actant la responsabilité centrale de Gaël Perdriau dans ce système de kompromat municipal.
Au deuxième rang du public, ce sont les enfants Artigues qui ont craqué les premiers, en larmes au moment où la présidente annonce la peine et rappelle au maire qu’il ne peut plus être le premier magistrat de la ville. Le Parisien résume leur sentiment dans une phrase qui claque comme un verdict parallèle: « Rien ne nous rendra les dix ans perdus avec notre père. » Pendant près d’une décennie, la vie familiale a été rythmé par la peur des révélations, le silence imposé, les allers-retours judiciaires et, en toile de fond, l’image publique d’un père discrédité.
Pour Gilles Artigues, la reconnaissance de ce préjudice n’est pas nouvelle dans le dossier, mais elle prend, avec ce jugement, une dimension collective. Le Progrès rappelait en novembre que son avocat avait chiffré à hauteur d’un million d’euros l’ensemble des dommages, en parlant du « prix de la souffrance d’un homme contraint de mettre un terme à sa carrière politique et de quitter sa ville ». Désormais, ce ne sont plus seulement l’élu et l’ancien candidat aux législatives qui sont considérés comme victimes, mais aussi sa famille, officiellement intégrée au cercle des personnes atteintes par le chantage.
Depuis les révélations de Mediapart en 2022, l’affaire a mis au jour bien plus qu’une manœuvre sordide contre un adversaire interne. Le Monde décrit un système où une vidéo tournée en 2015 avec un escort-boy, dans une chambre d’hôtel parisienne, a été utilisée comme arme politique, sur fond de financements publics détournés via des associations. Cette stratégie a brisé une carrière, mais aussi une cellule familiale contrainte de vivre sous la menace permanente d’une fuite, d’un partage, d’un « dégainage » de la vidéo.
À l’audience, Gilles Artigues a déjà raconté comment, à partir de 2016, il a vécu « des années d’humiliation et de pression psychologique », renonçant notamment à une candidature législative en 2022, alors que son investiture UDI était acquise. Pour ses enfants, cela s’est traduit très concrètement par un père absent, absorbé par la survie politique, puis enfermé dans un dossier qu’il ne pouvait pas expliquer librement, tant la honte et la peur de l’exposition étaient fortes. Le tribunal prend acte de cette violence indirecte, mais bien réelle, en étendant la qualité de victimes à toute la famille.
Le départ de Saint-Étienne est un autre symbole fort. D’après la presse locale, les Artigues ont quitté la ville pour tenter de se reconstruire loin des regards, des rumeurs et des allusions. Là encore, la phrase prononcée par leurs enfants résume l’impact de cette affaire: un exil contraint, une adolescence et une vie de famille abîmées par un chantage dont ils n’étaient pas les acteurs, mais qu’ils ont subi de plein fouet.
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